Cosmogonies

La représentation du Monde - nous dirions aujourd'hui : de l'Univers - a énormément évolué au cours des siècles. Il y a 4000 ans, l'horizon des hommes n'était pas le même qu'aujourd'hui.

Chacune de ces représentations prenaient en considération l'existence de la Terre et du Ciel. C'est la base même à laquelle l'observation humaine ne pouvait échapper. Ainsi, la première phrase de la Genèse est la suivante : "Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre", sans plus de précision. Qu'y a-t-il au-delà des cieux ? On l'ignore, on ne se pose même pas la question. Le Monde s'arrête là.

De même, sur ce papyrus datant du IIème millénaire avant notre ère, la vision du Monde ne va pas plus loin que le regard sur la voûte céleste, sans aucune notion de distance. Shou (qui signifie "soulever"), debout, personnifiant l'atmosphère, procède ici à la séparation de ses propres enfants, Geb et Nout, la Terre et le Ciel. Geb, allongé, symbolise par sa posture - genoux et coudes pliés -, la Terre jusque dans ses paysages, formée de montagnes et de vallées. Nout, pieds à l'Orient et mains à l'Occident, personnifie la voûte céleste.

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Papyrus de Neskapashouty, Egypte, IIè millénaire - Musée du Louvre, Paris

Au deuxième siècle de notre ère, Claude Ptolémée - auquel le nom de ce blogue fait référence - rédige son Almageste. Dans cet ouvrage se trouve une représentation du Monde qui se précise, à défaut de s'élargir. La Terre est placée au centre du Monde, d'où le nom de géocentrisme pour ce système. Tout autour de la Terre se trouve une hiérarchie d'autres sphères, en rotation autour du point fixe qu'est la Terre elle-même. On trouve d'abord les quatre éléments : la terre et l'eau, représentés par la sphère terrestre, puis l'air et le feu, autour de la Terre. Puis viennent les sphères de la Lune, Mercure, Vénus, Mars, le Soleil, Jupiter et Saturne. Enfin, la sphère des étoiles fixes termine cette hiérarchie des astres. Ptolémée donne même une estimation du rayon de la sphère des étoiles : 20000 rayons terrestres. Sachant qu'Eratosthène, vers 229 avant Jésus-Christ, évalua le rayon terrestre à ce qui correspond à peu près à 6370 de nos kilomètres, le rayon de la sphère des étoiles de Ptolémée mesurerait ainsi 127400000 kilomètres.

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Sur le modèle de Ptolémée, la musique des sphères. Manuscrit d'astronomie, vers 820, Salzbourg - BNF, Paris.

Il faudra attendre 1514 pour que cette vision du Monde soit bouleversée par un nouveau système : l'héliocentrisme proposé par Nicolas Copernic ; le Soleil devient immobile et prend la place de la Terre au centre du Monde. Au-delà du Soleil, on trouve Mercure, Vénus, puis la Terre accompagnée dans sa course par la Lune. Et au-delà de la Terre, le grand orbe avec, respectivement, Mars, Jupiter et Saturne. Puis enfin, vient la sphère des étoiles fixes, qui le sont d'un double point de vue : fixes les unes par rapport aux autres, comme dans le système de Ptolémée, mais fixes aussi dans leur ensemble, Copernic pensant que la Terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures (ce mouvement donnant le mouvement apparent de la voûte céleste). A quelques détails près - notamment quelques planètes non découvertes alors et la forme elliptique des orbites -, Copernic donna la représentation exacte de notre système solaire.

Puis vient Thomas Digges, copernicien convaincu qui, en 1576, propose au-delà des orbes célestes la vision d'un Univers infini composé d'une infinité d'étoiles. Il est sans doute le premier à émettre cette idée.

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Thomas Digges, La parfaite Description des orbes célestes, 1576 - The Granger Collection, New York

Dans les siècles qui suivirent, les connaissances sur l'Univers s'accélèrent. Le Soleil ne se trouve pas au centre du Monde, il est une étoile au même titre que toutes les autres étoiles que l'on peut apercevoir sur la "voûte" céleste ; toutes ces étoiles, situées à différentes distances de nous, constituent une galaxie et tournent autour du centre de cette galaxie ; galaxie n'étant elle-même qu'une galaxie parmi tant d'autres dans l'Univers.

L'homme perd ainsi définitivement sa place au centre du Monde ; il vit sur une planète quelconque tournant autour d'une étoile quelconque, à quelques 27000 années-lumière du centre d'une galaxie quelconque.

Et des 127,4 millions de kilomètres de rayon constituant le modèle du Monde selon Ptolémée, l'Univers s'étend maintenant, selon le modèle actuel, sur une distance d'environ 15 milliards d'années-lumière (1 année-lumière = la distance parcourue par la lumière en une année, à raison de 300000 km/s). Le nouvel horizon de l'homme est le big-bang, à moins que cela ne soit le grand rebond (voir Ciel et Espace n° 465, février 2009).

Finalement, qu'a fait la science durant 4000 ans ? Elle n'a fait que repousser les frontières, pour voir plus loin dans l'Univers... Certains, en poussant si loin, espéraient trouver les réponses à toutes les questions... Pourquoi sommes-nous là ? Quoi ou qui nous a amené ? En définitive, ils ne trouvèrent, à chaque fois, qu'un nouvel horizon. Et à chaque fois revinrent les mêmes questions fondamentales, des questions toujours sans réponses.

Repousser encore les frontières, voir au-delà du big-bang, ou du grand rebond. Y trouverons-nous Dieu, comme certains le souhaitent ? Rien n'est moins sûr, et sans doute verrons-nous, une fois de plus, un horizon au-delà duquel règnera notre ignorance... Et nous buterons encore et encore sur ces mêmes questions...

Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ?