L'aluminium

L'aluminium, que l'on trouve partout autour de nous, n'a pas toujours été aussi commun. Jusqu'au XIXè siècle, il était même totalement absent du paysage quotidien de l'humain.

C'est en 1827 que le chimiste allemand Wöhler l'isole pour la première fois, en décomposant le chlorure d'aluminium par le potassium (avant lui, quelques tentatives infructueuses avaient déjà été faites par Davy, Berzélius et d'Oersted). Il faudra toutefois attendre 1854 et les travaux de Henri Sainte-Claire Deville pour en connaître vraiment les propriétés et pouvoir l'exploiter industriellement, ce que fit M. Péchiney dès 1856 grâce à la méthode de Deville, à Salindres dans le Gard.

La bauxite était calcinée avec du carbonate de soude, et se transformait en aluminate de soude. On dissolvait ce produit dans l'eau, puis on le convertissait en alumine par un courant d'acide carbonique. En chauffant cette alumine avec du charbon, du chlore et du sel marin, on obtenait du chlorure double d'aluminium et de sodium. Il ne restait plus alors qu'à réduire le sel pour isoler l'aluminium.

Vers 1885, Adolphe Minet révolutionne l'industrie de l'aluminium en inventant un nouveau procédé pour isoler ce métal. Il électrolyse un mélange de sel marin et de cryolithe, fondu à environ 1000°. Héroult et Kiliani utilisent un procédé proche pour produire des alliages ; ils créent des usines à Neuhausen (en mettant à profit une chute du Rhin), à Froges (Isère), et en Angleterre.

Grâce à ces nouvelles méthodes, la production d'aluminium augmente considérablement. Alors qu'en 1887, l'usine de Salindres produisait 2000 kg d'aluminium par an, en 1890, celle de Neuhausen en produisait 1000 par jour, et celle de Froges, 600. La conséquence est alors, aussi, une forte baisse des prix. En 1855, le premier kilogramme d'aluminium fabriqué par Deville valait environ 3000 francs, mais l'année suivante, le même métal valait 375 francs le kilogramme. En 1862, il se vendait 125 francs, et en 1890, plusieurs usines le fournissaient au prix de 90 francs par kilogramme. Au début du XXè siècle, on le trouve à moins de 20 francs le kilogramme.

Dès les premières décennies de sa fabrication, les applications de l'aluminium sont multiples :

- Il sert dans la fabrication des objets de bijouteries et l'ornementation des objets de marqueterie et des meubles de luxe.

- On en fait des instruments de physique, de chirurgie, de sellerie, des instruments de cuisine, etc.

- La poudre d'aluminium remplaçait quelquefois le magnésium dans l'éclairage photographique, à l'aide d'un mélange d'aluminium, de lycopode et de nitrate d'ammoniaque, ou bien d'aluminium, de chlorate de potasse et de sucre.

- On l'a utilisé dans la confection d'embarcations démontables destinées à la navigation sur rivières.

- Dans la couverture des monuments publics.

- M. Charpentier-Page, de Valdoie dans le Territoire de Belfort, en a même fait des cartes de visite.

Aujourd'hui encore, l'aluminium est fortement utilisé et très recherché. On se souvient l'an dernier de la tendance haute des prix, et du grand nombre de personnes qui récupéraient ce métal afin de le revendre aux ferrailleurs. Nous aurons sans doute encore longtemps l'aluminium dans notre entourage, tant ses propriétés sont remarquables : malléabilité, température de fusion peu élevée (660° C), faible densité (2,7), bonne résistance à la rupture, et la dernière - et non des moindres ! -, son caractère inoxydable qui le laisse intact en toutes circonstances.

Voilà donc un métal qui a encore de l'avenir, même si les matières plastiques et les nouveaux matériaux l'ont quelque peu remplacé dans certaines de ses utilisations.

Sources :

- Histoire générale de l'industrie, tome III : Industries du règne minéral, par A. Bleunard, H. Laurens éditeur, Paris, 1894.

- Nouveau Larousse illustré, sous la direction de Claude Augé, Librairie Larousse, Paris, début XXè.