30 mars 2009

Faire de la musique - Expressions

Faire de la musique

Dans Curiosités de l'archéologie et des Beaux-Arts, publié chez Paulin et Le Chevalier en 1855, nous trouvons une pratique singulière et malhonnête initialement dénoncée par Louis-Sébastien Mercier.

Mercier explique en effet dans son Tableau de Paris, paru en 1781, de quelle manière certains maçons peu scrupuleux placent des carreaux de pierre de quelques centimètres d'épaisseur sur le pourtour d'un mur, de telle façon que ces carreaux donnent l'illusion d'être des pierres de taille traversant toute l'épaisseur du mur... Ces maçons font ainsi payer à leurs clients ces pseudos pierres de taille au prix des vraies !

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"L'oeil est trompé, si le mur doit avoir 20 pouces d'épaisseur, en un seul morceau de pierre, il n'en a que 6 en deux morceaux ; et si le morceau en pierre vaut 6 livres, les deux morceaux ne valent que 20 ou 30 sols. Il reste un vide de 14 pouces entre les deux carreaux. Quelquefois, le dangereux maçon laisse le vide par économie ; mais quand il a un reste de pudeur, il le remplit avec des débris de cheminées ou par de petits morceaux de moellons liés avec du mortier ou du plâtre."

"Ce délit punissable est appelé, en terme de maçonnerie, faire de la musique. C'est en faisant de la musique de cette sorte que les entrepreneurs parviennent à avoir une voiture pour aller à l'Opéra."

Voilà donc une bien belle expression pour une pratique bien peu avouable !

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18 mars 2009

L'aluminium - Inventions

L'aluminium

L'aluminium, que l'on trouve partout autour de nous, n'a pas toujours été aussi commun. Jusqu'au XIXè siècle, il était même totalement absent du paysage quotidien de l'humain.

C'est en 1827 que le chimiste allemand Wöhler l'isole pour la première fois, en décomposant le chlorure d'aluminium par le potassium (avant lui, quelques tentatives infructueuses avaient déjà été faites par Davy, Berzélius et d'Oersted). Il faudra toutefois attendre 1854 et les travaux de Henri Sainte-Claire Deville pour en connaître vraiment les propriétés et pouvoir l'exploiter industriellement, ce que fit M. Péchiney dès 1856 grâce à la méthode de Deville, à Salindres dans le Gard.

La bauxite était calcinée avec du carbonate de soude, et se transformait en aluminate de soude. On dissolvait ce produit dans l'eau, puis on le convertissait en alumine par un courant d'acide carbonique. En chauffant cette alumine avec du charbon, du chlore et du sel marin, on obtenait du chlorure double d'aluminium et de sodium. Il ne restait plus alors qu'à réduire le sel pour isoler l'aluminium.

Vers 1885, Adolphe Minet révolutionne l'industrie de l'aluminium en inventant un nouveau procédé pour isoler ce métal. Il électrolyse un mélange de sel marin et de cryolithe, fondu à environ 1000°. Héroult et Kiliani utilisent un procédé proche pour produire des alliages ; ils créent des usines à Neuhausen (en mettant à profit une chute du Rhin), à Froges (Isère), et en Angleterre.

Grâce à ces nouvelles méthodes, la production d'aluminium augmente considérablement. Alors qu'en 1887, l'usine de Salindres produisait 2000 kg d'aluminium par an, en 1890, celle de Neuhausen en produisait 1000 par jour, et celle de Froges, 600. La conséquence est alors, aussi, une forte baisse des prix. En 1855, le premier kilogramme d'aluminium fabriqué par Deville valait environ 3000 francs, mais l'année suivante, le même métal valait 375 francs le kilogramme. En 1862, il se vendait 125 francs, et en 1890, plusieurs usines le fournissaient au prix de 90 francs par kilogramme. Au début du XXè siècle, on le trouve à moins de 20 francs le kilogramme.

Dès les premières décennies de sa fabrication, les applications de l'aluminium sont multiples :

- Il sert dans la fabrication des objets de bijouteries et l'ornementation des objets de marqueterie et des meubles de luxe.

- On en fait des instruments de physique, de chirurgie, de sellerie, des instruments de cuisine, etc.

- La poudre d'aluminium remplaçait quelquefois le magnésium dans l'éclairage photographique, à l'aide d'un mélange d'aluminium, de lycopode et de nitrate d'ammoniaque, ou bien d'aluminium, de chlorate de potasse et de sucre.

- On l'a utilisé dans la confection d'embarcations démontables destinées à la navigation sur rivières.

- Dans la couverture des monuments publics.

- M. Charpentier-Page, de Valdoie dans le Territoire de Belfort, en a même fait des cartes de visite.

Aujourd'hui encore, l'aluminium est fortement utilisé et très recherché. On se souvient l'an dernier de la tendance haute des prix, et du grand nombre de personnes qui récupéraient ce métal afin de le revendre aux ferrailleurs. Nous aurons sans doute encore longtemps l'aluminium dans notre entourage, tant ses propriétés sont remarquables : malléabilité, température de fusion peu élevée (660° C), faible densité (2,7), bonne résistance à la rupture, et la dernière - et non des moindres ! -, son caractère inoxydable qui le laisse intact en toutes circonstances.

Voilà donc un métal qui a encore de l'avenir, même si les matières plastiques et les nouveaux matériaux l'ont quelque peu remplacé dans certaines de ses utilisations.

Sources :

- Histoire générale de l'industrie, tome III : Industries du règne minéral, par A. Bleunard, H. Laurens éditeur, Paris, 1894.

- Nouveau Larousse illustré, sous la direction de Claude Augé, Librairie Larousse, Paris, début XXè.

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16 mars 2009

Au menu ce soir - Détente

Au menu ce soir...

Un grand bol de soupe prébiotique, spécialité culinaire de Stanley Miller ! Cette boîte est posée sur le bureau de Jeff Bada, ancien élève de Miller. Comme quoi, les scientifiques ne manquent pas d'humour !

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Source : Ciel et Espace n° 465, Février 2009, p. 12 : "Origine de la vie : le dernier secret de Stanley Miller" par David Fossé

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06 mars 2009

Expérience de Miller - La vie

L'autre expérience de Stanley Miller

En 1924, Alexandre Oparine et J. B. S. Haldane travaillent chacun de leur côté sur la composition de l'atmosphère primitive de la Terre et les conditions d'apparition des "briques" de la vie. Leurs recherches aboutissent approximativement aux mêmes résultats : il y a environ quatre milliards d'années, l'atmosphère de la Terre devait être composée en grande partie d'hydrogène, de gaz carbonique, de méthane, d'ammoniac et de vapeur d'eau. Bombardé par les rayons ultraviolets du Soleil, ou traversé par les éclairs de puissants orages, un tel environnement pourrait faire apparaître des molécules organiques : pas encore la vie elle-même, mais ses tout premiers constituants.

Dans les années 1950, un jeune chimiste de vingt et quelques années, Stanley Miller, se penche sur les théories d'Oparine et Haldane. Il décide de reconstituer l'environnement décrit par les deux chercheurs au moyen de l'expérience représentée par la figure ci-dessous.

Miller

Par peur des préjugés de ses aînés, Miller réalise son expérience dans le plus grand secret, appuyé toutefois par le chimiste Urey (prix Nobel pour ses travaux sur les isotopes), le directeur du laboratoire. Après avoir fait passer des décharges électriques dans le mélange gazeux (comme le montre notre figure), Miller découvre des acides aminés que l'on retrouve dans la composition de protéines vivantes ! Miller publie ses découvertes en 1953. C'est la consécration !

Miller réalisa trois versions de son expérience.

La première est celle que nous venons de décrire, et qui l'a rendu célèbre.

Dans la seconde, Miller augmentait la circulation de vapeur d'eau et de gaz, afin de reproduire l'environnement de volcans en éruption.

Dans la troisième, il remplaçait les éclairs par un autre type de décharges : celles obtenues lors de la rencontre du vent solaire avec l'atmosphère terrestre, et qui mène à la création des aurores boréales.

Miller compare les résultats des trois expériences ; c'est au terme de la première qu'il découvre des acides aminés en nombre conséquent, les deux autres n'ayant pas données d'éléments aussi probants. L'histoire pourrait s'arrêter là, mais...

En mars 2007, Stanley Miller confie l'une de ses fioles, qu'il avait soigneusement conservée pendant plus de cinquante ans, à Antonio Lazcano. Miller meurt au mois de mai suivant. Antonio Lazcano rencontre Jeff Bada, et tous deux partent en quête des autres fioles issues des expériences de Miller, et les retrouvent dans les archives du chimiste, parfaitement étiquetées. Ils procèdent de nouveau à l'examen du contenu des fioles, et, coup de théâtre, les deux chercheurs mettent en évidence la présence de 22 acides aminés dans la fiole correspondant à la seconde expérience (reproduction de l'environnement volcanique éruptif), contre 14 dans la fiole de la première expérience ! C'est grâce aux techniques actuelles d'analyse que cette découverte inattendue a pu être faite.

Les travaux de Lazcano et Bada sont toujours en cours, et il leur reste environ deux cent échantillons à étudier. Cela laisse encore de belles découvertes en perspective, à la lumière des techniques modernes, et les résultats obtenus pourraient orienter la recherche scientifique vers de nouvelles pistes pour comprendre l'apparition de la vie sur notre planète.

Mais que l'on se rassure : la concrétisation du mythe du Golem n'est pas encore pour demain... Et c'est peut-être mieux ainsi !

Sources :

- La Science au XXè siècle, Tome 2 : Le Cosmos, encyclopédie publiée sous la direction de Boris Kouznetsof, Alap-Paris / Novosti-Moscou, 1975

- Astronomie Flammarion, Tome 1, sous la direction de Jean-Claude Pecker, Flammarion, Paris, 1985

- Ciel et Espace n° 465, Février 2009, p. 8 : "Origine de la vie : le dernier secret de Stanley Miller" par David Fossé

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