19 avril 2009

Les Phénomènes Lunaires Transitoires (PLT) - Astronomie

Les Phénomènes Lunaires Transitoires (PLT)

"HOUSTON (McCandless) : Roger. Il y a une observation que vous pourriez faire si vous en avez le temps. On a signalé des "événements transitoires" au voisinage du cratère Aristarque.

ALDRIN : Roger. Nous venons d'entrer dans la nuit. En attendant... Nous n'y voyions rien du tout, mais maintenant, avec le clair de terre, la visibilité est... oh, très acceptable. En regardant derrière moi, je vois la couronne à l'endroit où le Soleil vient de se coucher. Nous allons sortir la carte et voir ce que nous pourrons découvrir du côté d'Aristarque.

HOUSTON (McCandless) : D'accord. Aristarque se trouve à l'angle Echo 9 de votre carte ATO. Il est toutefois à environ 700 kilomètres au nord de votre orbite, sur laquelle vous êtes à présent à une altitude de... environ 310 kilomètres. Il devrait se trouver au-delà - non, en vue, sur votre horizon, à 23 degrés nord, 47 ouest. Jetez-y un coup d'oeil pour voir s'il se passe quelque chose de particulier là-bas. Terminé.

ARMSTRONG : Houston ? Ici, Onze. Cela nous aiderait si vous nous donniez l'heure de passage à 45 ouest... nous saurons quand commencer à chercher Aristarque.

HOUSTON (McCandless) : Roger. Vous croiserez 45 ouest à 77 h 4 mn 10 s, soit dans environ quarante secondes. Terminé. Dans trente secondes maintenant.

ALDRIN : Lorsqu'une étoile se couche ici, c'est très brusque. Elle est là, et, l'instant d'après, elle a complètement disparu.

HOUSTON (McCandless) : Roger, nous prenons note.

ALDRIN : Puisque nous connaissons avec tant de précisions nos orbites ainsi que la position des étoiles, et que nous pouvons déterminer très exactement le moment de coucher d'une étoile ou d'une planète, ce serait un excellent moyen de mesurer l'altitude de l'horizon.

HOUSTON (McCandless) : Roger.

ARMSTRONG : Hé, Houston ! Je regarde au nord, vers Aristarque, et, à cette distance, je ne suis pas certain que ce soit bien Aristarque, mais il y a là une zone considérablement plus lumineuse que ce qui l'entoure. Elle est... on dirait qu'elle est légèrement fluorescente.

HOUSTON (McCandless) : Roger, Onze. Nous notons.

ALDRIN : Je regarde vers la même zone... il semble en tout cas qu'une des parois du cratère soit plus claire que les autres... Je ne suis pas certain qu'il y ait fluorescence, mais c'est nettement plus lumineux que ce qui l'entoure.

HOUSTON (McCandless) : Pouvez-vous percevoir une différence de couleur dans l'éclairage, et s'agit-il d'une paroi intérieure ou extérieure du cratère ? Terminé.

ALDRIN : Je pense que c'est une paroi intérieure.

COLLINS : Non, Bruce, je ne pense pas que la couleur joue un rôle."

Dans cette conversation entre Houston et la mission Apollo 11 en 1969, on assiste à une observation d'un Phénomène Lunaire Transitoire, ou PLT. Il s'agit de luminescences observées à la surface de la Lune, en divers endroits. Ces phénomènes ne sont pas nouveaux, et déjà en 1178, des moines de Canterbury notent la présence de lueurs sur la Lune, et décrivent une "torche enflammée" qui aurait donné à l'astre l'air de "vibrer tel un serpent blessé". En 1787, l'astronome William Herschel - découvreur de la planète Uranus - observe trois tâches rouges éclatantes dans la partie non éclairée de la Lune, et en déduit l'existence d'une activité volcanique sur notre satellite naturel. Le 2 novembre 1952, c'est l'astronome Nicolai Kozyrev qui voit une "éruption" au centre du cratère Alphonse. Puis, deux cartographes notent des brillances rouge, orange et rose au sud-ouest du cratère Aristarque, et enfin, trois jours plus tard, les astronomes Zdenek Kopal et Thomas Rackham photographient une vaste zone luminescente depuis l'observatoire du Pic du Midi de Bigorre dans les Pyrénées.

Ces luminescences ont donné lieu à certaines interprétations plus que fantaisistes et absolument ridicules. Un chapitre leur est consacré dans un ouvrage totalement délirant - Ils n'étaient pas seuls sur la Lune -, où l'auteur cherche à démontrer la présence d'êtres intelligents sur notre satellite. Mais nous aurons l'occasion de revenir sur cet ouvrage dans la rubrique Détente, en publiant quelques photographies qui ne manquent pas de piquants.

Plus sérieusement, les scientifiques cherchent à percer le mystère de ces phénomènes qui peuvent durer de quelques secondes à quelques heures, et s'étendre sur une centaine de kilomètres. Une petite partie des PLT s'explique par la chute de météorites, qui produisent des flashes lors de l'impact au sol. Pour le reste, il faut se tourner vers d'autres hypothèses. Une des explications avancées est basée sur les observations du Leam (Lunar Ejecta and Meteorites) installé en 1972 sur la Lune par Apollo 17. Le déplacement de poussières détecté par cet appareil impliquerait un phénomène magnétique ; la Lune serait ainsi chargée positivement sur sa face éclairée, et négativement dans sa partie sombre. Il en découlerait un déplacement de particules sur des lignes de champ magnétique horizontales, le long du terminateur. La lumière du Soleil reflétant sur ces poussières provoquerait les PLT. Mais certains des PLT sont aussi observés loin du terminateur. Là aussi, une explication a pu être avancée.

Le volcanisme a été écarté pour expliquer les phénomènes transitoires, la Lune étant considérée comme géologiquement morte. Mais il y a plusieurs milliards d'années, l'activité volcanique lunaire était bien réelle, et un reste de cette activité semble bien se poursuivre sous la forme d'échappements de gaz. Des sondes ont en effet enregistré, en des lieux où avaient été observé des PLT, des traces d'hydrogène, d'argon ou de radon. Ces sont ces gaz échappés de la croûte lunaire qui provoqueraient les fluorescences observées depuis la Terre. Certains endroits sont en effet plus propices à l'apparition de PLT, comme le démontrent les nombreuses observations.

Et en ce qui concerne les observations de la Lune, les scientifiques ne sont pas en reste en ce moment. Trois semaines par mois, deux caméras des observatoires de Cerro Tololo et de New York photographient l'astre de la nuit toutes les vingt secondes, dans l'espoir de saisir sur le fait un PLT. Les sondes japonaise Kaguya, chinoise Chang'e et indienne Chandrayaan sont actuellement en orbite lunaire. Et dans quelques jours, la sonde américaine Lunar Reconnaissance Observer prendra son envol pour la Lune. Autant d'outils qui pourront peut-être apporter de précieuses informations sur les phénomènes lunaires transitoires.

Lune

Sources :

- Ce jour-là : 21 juillet 1969 - Premiers sur la Lune, avec Neil Armstrong, Michael Collins et Edwin E. Aldrin et la collaboration de Gene Farmer et Dora Jane Hamblin - Robert Laffont, 1970, p. 232-233

- Ciel et Espace n° 466, mars 2009, article Lueurs lunaires - La Nasa mène l'enquête, de Raphaël Chevrier, p. 60-63

Posté par Antoine Forces à 21:41 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


Commentaires sur Les Phénomènes Lunaires Transitoires (PLT) - Astronomie

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=552526&pid=13413497

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :