Un catalogue d'aérolithes

de 1198 à 1842

Au milieu du XIXe siècle était publié un ouvrage intitulé Patria, la France ancienne et moderne, morale et matérielle, ou collection encyclopédique et statistique de tous les faits relatifs à l'histoire physique et intellectuelle de la France et de ses colonies. Voilà un titre bien long, comme on savait encore les faire à cette époque déjà lointaine, et qui en dit finalement fort peu sur le contenu général de l'ouvrage. Patria est une sorte d'encyclopédie de notre pays, abordant à peu près toutes les branches de la science : géographie, géologie, météorologie, botanique, zoologie, statistiques, industrie, économie, etc. Une partie est consacrée à l'astronomie, et c'est dans celle-ci que l'on trouve un catalogue d'aérolithes (on parlerait plutôt aujourd'hui de météorites, ces "étoiles filantes" venues impacter le sol terrestre). Il est amusant de constater les hypothèses de l'époque quant à l'origine des aérolithes, puisqu'on peut lire dans ce livre que "Les aérolithes, ou pierres météoriques, paraissent être ou des projectiles lancés par des volcans lunaires, ou de très-petits corps célestes décrivant, comme les planètes et comètes, des orbites elliptiques autour du soleil". Si la seconde hypothèse est tout à fait correcte, la première - les volcans lunaires -, fait sourire (nous avions d'ailleurs vu accessoirement, dans un précédent article, que la Lune ne présentait pas d'activité volcanique récente - au sens géologique du terme).

Voici ci-dessous la liste, non exhaustive, des chutes de météorites constatées en France, consignées dans Patria, accompagnée des références bibliographiques.

En l'année 1198, chute de pierres près de Paris, d'après Henri Sauval (Catal. de M. de Morogues).

Le 7 novembre 1492, à 11 h 1/2 du matin, chute d'un aérolithe de plus de 75 kg, auprès d'Ensisheim (Haut-Rhin) (Bibl. britann., t. XXIII, p. 63, et Catal. de Chladni, Journ. des Mines, t. XXV). En 1804 on conservait cette pierre à la Bibl. de l'école centrale de Colmar.

Le 28 avril 1540, une très-grosse pierre dans le Limousin (Catal. de M. de Morogues).

Le 27 octobre 1634, plusieurs aérolithes de 2 kg à 4 kg tombent en Charolais (Catal. de Chladni, Ann. de Gilbert, t. L, p. 242).

Le 29 novembre 1637, pierre de 14 kg tombée sur le mont Vaisien (Provence) entre Guilleaume et Pesne, et mentionnée par Gassendi (Journ. des Mines, t. XXV, p. 75 ; Catal. de Chladni, Ann. de Gilbert, t. L, p. 242).

Le 18 août 1738, pluie de pierres et gravier près de Carpentras et Champfort (Catal. de Chladni, Ann. de Gilbert, t. LIV, p. 347).

Le 1er octobre 1750, pierre à Nicor, près de Coutances, recueillie par M. Morand fils (Hist. de l'Acad. des sciences, 1769, p. 20 ; Lalande, dans le Journ. de physique, t. LV, p. 452 ; Journ. des Mines, t. XIII, p. 19).

Septembre 1753, à 1 h du soir, à Luponas, près Pont-de-Veyle (Ain), deux météores, dont l'un pesait 10 kg (Hist. de l'Acad. des sciences, 1769, et Journ. de physique, t. LV, p. 451).

Le 13 juin 1759, chute d'un météore à Captieux, près Bazas (Gironde) ; ce météore a incendié une écurie. Il ne paraît pas que les pierres aient été recueillies (Hist. de l'Acad. des sciences, 1769, p. 34).

Le 13 septembre 1768, à Lucé (Sarthe), un aérolithe du poids de 3 kg, 5 (Journ. des Mines, t. XIII, p. 19 ; Bibl. britann., t. XXXVII, p. 280).

En 1768 ? 1769 ? une pierre à Aire (Pas-de-Calais) (Hist. de l'Acad. des sciences, 1769, p. 20).

En 1783, une chute en France (Bibl. britann., t. LIX, p. 186).

Le 24 août 1789 (en juillet, d'après Vauquelin, Ann. de chimie, t. XLV, p. 227), chute d'un grand nombre de pierres à Barbotan, près de Roquefort (Landes) (Journ. des mines, t. XIII, p. 450).

Le 24 juillet 1790 (La Bibl. britann., t. XXIII, p. 91, donne la date du 6 septembre), chute d'une pluie de pierres auprès des villages de Juliac, Créon, etc. (Lot-et-Garonne) (Ann. de chimie, t. XLV, p. 226, et Bibl. britann., t. XX, p. 85, t. XXIII, p. 70). Plusieurs de ces pierres pesaient de 1 à 10 kg.

Le 8 ou le 12 mars 1798, chute d'une pierre du poids de 10 kg, à Salles, près Villefranche (Rhône) (Catal. de Chladni, Journ. des mines, t. XXV, et Bibl. britann., t. XXII, p. 371, et t. XXIII, p. 109 et 218).

Le 26 avril 1803, à 1 h du soir, pluie de pierres à l'Aigle et autres lieux voisins (Orne). La plus grosse pesait 8 kg, 5 (Journ. des mines, t. XIV, p. 84 ; Bibl. britann., t. XXIII, p. 394 ; Ann. de chimie, t. XLVII, p. 329). Cette chute est une des plus célèbres ; la pluie météorique couvrit un district étendu.

Le 8 octobre 1803, une pierre du poids de 3 kg, 6 tombe près d'Apt (Vaucluse) (Bibl. britann., t. XXIV, p. 296 ; Guérin, Mesures barométriques). Cette pierre est conservée au cabinet d'histoire naturelle de Paris.

Le 15 mars 1806, à 5 h 1/2 du soir, deux pierres tombent au même moment, l'une au village de Saint-Etienne, l'autre près de Valence ; ces deux localités sont voisines (Gard). Elles pesaient chacune 4 kg (Bibl. britann., t. XXXII, p. 210).

Le 23 novembre 1810, à 1 h du soir, à Charsonville (Loiret), trois pierres de 10 à 20 kg (Bibl. britann., t. XLV, p. 398, et t. XLVI, p. 94).

Le 10 avril 1812, à 8 h du soir, chute abondante de pierres ( le nombre total a été estimé à 350) à Burgau et Savenès près Toulouse (Haute-Garonne) (Bibl. britann., t. L, p. 159, et Journ. des mines, t. XXXI, p. 429).

Le 5 août 1812, à 2 h du matin, un aérolithe du poids de 34 kg à Chantonay (Vendée) (Ann. de Poggendorff, t. XXXIII, p. 27).

Le 5 septembre 1814, à midi, chute de 30 kg de pierres en fragments, sur un espace de 5000 ha, au N. d'Agen (Lot-et-Garonne) (Bibl. britann., t. LVII, p. 80 et 194, et Ann. de chimie, t. XCII, p. 25).

Le 3 octobre 1815, aérolithe en fragments dont le poids total équivalait à 4 kg, à Chassigny, près Langres (Haute-Marne) (Ann. de chimie et de physique, t. I, p. 45).

En 1816, à Confolens (Aude) (France pittoresque, t. I, p. 196).

Le 15 février 1818, à Limoges (Catal. de Chladni, Ann. de Gilbert, t. LX, p. 252). Cette chute est douteuse.

Le 13 juin 1819, à 6 1/4 du matin, à Jonzac (Charente-Inférieure) (Bibl. univ., t. XV, p. 311).

Le 15 juin 1821, à 3 h du soir, un aérolithe de 92 kg, à Juvenas (Ardèche) (Ann. de chimie et de physique, t. XVII, p. 434 et XIX, p. 264) : la majeure partie de cette pierre est au Muséum d'histoire naturelle de Paris.

Le 3 juin 1822, à Angers, dans la ville ; il est conservé au cabinet d'histoire naturelle de cette ville (Ann. de chimie et de physique, t. XX, p. 89).

Le 13 septembre 1822, une pierre grosse comme un boulet de 3 kg à Labaffe (Vosges) (Ann. de chimie et de physique, t. XXI, p. 51).

Août 1826, sur le mont Galapian (Lot-et-Garonne) (Bull. des sciences naturelles, t. XI, p. 420). Cette chute est-elle bien authentique ?

En 1831, à Vouillé (Vienne), une pierre de 20 kg (Bibl. ital., t. LXIV, p. 401).

Le 13 novembre 1835, à 2 h du matin, une pierre à Simonod (Ain) (Journ. l'Institut, n° 141, p. 17).

Août 1837, à Esnande (Charente-Inférieure) (Journ. l'Institut).

Le 12 juin 1841 à 1 h 1/2 du soir, deux pierres, l'une de 3 kg, l'autre de 15 kg, avec des fragments, à Château-Renard (Loiret) (C. R. de l'Acad. des sciences, t. XII, p. 1190).

Le 5 décembre 1842, à 6 h 1/2 du matin, une chute près d'Epinal (Vosges) (même recueil, t. XV, p. 1118). J'ignore si des pierres ont été recueillies.

Outre la météorite de l'Aigle, très célèbre comme il est dit dans Patria et qui a attiré des générations de chasseurs de météorites, un autre météore gagnera sa cote de popularité. Il est apparu dans le ciel sibérien le 30 juin 1908, a détruit une grande partie de la forêt, fait des dégâts sur des dizaines de kilomètres, et la détonation s'est entendue de fort loin. La zone du point de chute était inhabitée... Mais ceci est une autre histoire...

Bolide