Le premier sous-marin de l'histoire

Bien avant que Jules Verne n'écrive son célèbre Vingt mille lieues sous les mers, le Nautilus plongeait déjà sous la surface de l'eau. En effet, vers la fin du XVIIIe siècle, l'inventeur Fulton soumet les plans d'un engin sous-marin au gouvernement français en vue d'obtenir une subvention pour la construction et le développement de l'appareil. Dans un premier temps, cette subvention lui est refusée. Ne se décourageant pas, Fulton construit un petit modèle de son invention et s'adresse directement à Bonaparte, alors consul. Ce dernier fait appel à Volney, Laplace et Monge auxquels il demande un rapport sur le sous-marin de Fulton ; une somme de 10000 francs est finalement allouée à l'inventeur, qui peut enfin poursuivre ses expériences dans de meilleures conditions.

Fulton construit son sous-marin en bois, le recouvre de cuivre, le tout étant cerclé de fer. La longueur de l'appareil, qu'il dénomme Nautilus, était d'environ 7 mètres. Sur le dessus de l'engin se trouvait un petit dôme comportant des hublots lenticulaires. La propulsion se faisait mécaniquement, une manivelle actionnant une sorte de roue à aubes elliptiques placée à l'arrière. Pour la navigation de surface, l'inventeur avait conçu un mât mobile, sur lequel il suffisait de placer une voilure ; le propulseur mécanique pouvait toutefois aussi être utilisé lorsque l'engin faisait surface.

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Le Nautilus plonge sous les eaux de la Seine en mai 1801, est capable d'aller à contre-courant, et se maintient sous la surface durant une demi-heure. Fulton est accompagné d'un seul homme et l'habitacle est éclairé à la chandelle. La plongée s'effectuait en comprimant l'air dans la coque, et en faisant pénétrer de l'eau dans la cale à l'aide d'une pompe afin d'actionner la descente. A l'inverse, le refoulement de l'eau permettait la remontée.

Le 3 juin 1801, c'est dans le port de Brest que l'inventeur pratique ses expériences. Il reste alors entre deux eaux durant plus d'une heure, mais le record de temps sera atteint le 7 août suivant : cinq heures passées sous les eaux !

Malgré tous ces succès, Fulton et son invention sont délaissés par la France. Napoléon le considère comme un charlatan, et le gouvernement lui refuse le remboursement du prix de son sous-marin (40000 francs), ainsi que l'obtention d'un brevet à son nom. L'inventeur avait pourtant appuyé - et développé -, l'utilisation militaire de son invention, justifiant ainsi l'intérêt éventuel de la nation (c'est d'ailleurs pour cette raison "guerrière" qu'il désirait obtenir un brevet de l'engin, ce brevet lui permettant éventuellement de négocier sa survie contre ses services, en cas de prise par l'ennemi). Fulton quitte le pays en 1806 pour aller en Angleterre, puis en Amérique. Il poursuit ses expériences dans le port de New York, au frais du gouvernement américain fort intéressé par le développement du vaisseau sous-marin en engin de guerre.

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Enfin, pour la petite histoire, l'anglais Johnson avait repris les expériences de Fulton. Il aurait en fait projeté de délivrer Napoléon, alors emprisonné à Sainte-Hélène (1). Mais alors que l'appareil était encore en construction, on apprit la mort de Napoléon. L'un des premiers sous-marins de l'histoire n'a donc pas eu le temps de changer l'histoire... Mais de la propulsion mécanique à manivelle au sous-marin nucléaire, en allant jusqu'à la propulsion magnétohydrodynamique (MHD)... que de chemin parcouru pour cette invention, en un peu plus de deux siècles.

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(1) La revue La Nature cite à ce propos un travail de Cl. Evrard qui daterait de 1830, sans plus de précision.

Source : Le Nautilus (le premier bateau sous-marin), par T. Obalski, in La Nature - Revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie - Vingt-neuvième année, 1901, deuxième semestre, p. 193 à 195, Masson et Cie Editeurs, Paris