La physique des miracles

En 1872, Wilfrid de Fonvielle, journaliste et vulgarisateur scientifique, fait paraître un ouvrage intitulé La physique des miracles. De Fonvielle a le mérite d'y tenter l'explication rationnelle de nombreux "miracles", et d'y dénoncer plusieurs trucages volontaires possibles en rapport avec ces soi-disant miracles. Il semble toutefois que dans la plupart des cas, l'auteur n'ait pas eu accès directement aux instruments et phénomènes incriminés (1), et qu'il se contente donc uniquement de démontrer que tel ou tel phénomène "miraculeux" peut tout à fait trouver son explication dans les phénomènes physiques naturels. Ce n'est déjà pas si mal, bien sûr, mais une démonstration directe de la mystification opérée par certains (ou du phénomène naturel responsable du "miracle") aurait sans doute mis un bien plus grand coup de pied dans la fourmilière des "marchands de miracles", comme il les appelle lui-même. Bref, ce livre demeure fort intéressant à bien des égards et il vaut la peine d'être lu.

De Fonvielle donne notamment une explication des sons qu'émettait la statue de Memnon dans l'Antiquité, en Egypte, faits rapportés par plusieurs auteurs de l'époque. Il signale tout d'abord les travaux de M. Trevelyan qui a démontré qu'en plaçant une tige de fer sur une masse de plomb échauffée, on pouvait entendre des sons très aigus. Il s'agit là d'un phénomène de dilatation. Mais De Fonvielle penche plutôt - très certainement à tort, l'explication par la dilatation semblant plus probable (2) -, pour un système de conduits menant la voix d'un prêtre jusqu'à la bouche de la statue. Wilfrid de Fonvielle cite pour exemple l'expérience de Gay-Lussac utilisant une conduite de gaz portant un air de musique sur plusieurs kilomètres sans pratiquement aucune altération ni atténuation de celui-ci. On connaît tous aussi, dans notre enfance, ce jeu qui consiste à relier deux gobelets de plastique par un fil et ainsi dialoguer avec un interlocuteur à distance.

Selon De Fonvielle, certains instruments de mystification seraient encore - à son époque du moins -, en la possession de certains musées parisiens. L'un de ces instruments est un Christ articulé avec poulies reliées par une corde. En actionnant discrètement une pédale avec son pied, le prêtre pouvait ainsi faire incliner la tête du Christ comme il le voulait, en réponse à ses sermons. Une autre pièce est un démon qui était éjecté d'une boîte avec rapidité, à l'aide d'un ressort, effrayant ainsi les pénitents. Cela peut prêter à rire car le principe rappelle beaucoup ces boîtes avec laquelle s'amusaient les enfants dans le passé, et d'où un personnage fantasque monté sur ressort sortait... Toutefois, d'après Wilfrid de Fonvielle, l'instrument en question était plus grand et bien plus perfectionné.

Wilfrid De Fonvielle s'attaque ainsi au fil des pages aux reliques, aux guérisseurs, aux superstitions, aux statues qui pleurent ou qui saignent, et même au spiritisme. Un travail très clair de démystification et de vulgarisation - il n'est nul besoin d'avoir de grandes connaissances scientifiques pour comprendre les écrits de De Fonvielle -, qui a permis et permet encore aujourd'hui au grand public d'acquérir une vision rationnelle de ce que l'on appelle, faussement, des "miracles".

(1) Certains miracles ayant eu lieu dans un passé plus ou moins lointain, il est normal que l'auteur n'ait pu les étudier directement. Mais d'autres phénomènes décrits dans l'ouvrage auraient pu faire l'objet d'une étude plus approfondie.

(2) Nous verrons cela dans les prochains mois avec un article spécialement consacré au phénomène vocal de la statue de Memnon.

Migne

La croix de Migné, d'après une estampe du temps, tirée du cabinet de M. E. Dentu. Wilfrid de Fonvielle explique l'apparition par un phénomène de mirage, la croix étant apparue au moment du coucher du soleil.