Paris ne s'est pas fait en un jour - Archéologie
Paris ne s'est pas fait en un jour
Paris, comme chacun sait, se nommait tout d'abord Lutecia (Lutèce). Selon César, c'était là la ville des Parisii, peuple qui donnera son nom, en définitive, à notre Paris moderne. Les Parisii formait un Etat avec les Senones (1), comme on peut l'apprendre dans la Guerre des Gaules :
"Ce peuple (2) était limitrophe des Sénons, et jadis il s'était uni à eux en un seul Etat" (3)
D'après l'étude du Baron Walckenaer (4), d'autres peuples limitrophes faisaient vraisemblablement partie de cet Etat, tels que les Tricassii (situation géographique : Troyes) et les Meldi (situation géographique : Meaux).
Paris, ou si l'on préfère Lutèce, n'était alors qu'une ville de peu d'importance, en comparaison d'autres centres urbains. Elle ne se développera et acquerra son importance que bien plus tard, dans le courant du Moyen Age.
Nous avons retrouvé des reconstitutions de Paris, depuis Lutèce jusqu'à la Renaissance. Ces quatre plans ont été extraits de l'Atlas municipal de la Ville de Paris, et ont été dressés "spécialement pour l'Agenda-Buvard des Magasins du Bon Marché" ; ils ont été publiés à la fin du XIXe siècle, ou au tout début du XXe. Preuve qu'à cette époque, les "grands magasins" offraient un peu de culture à leurs clients, n'en déplaise aux grandes enseignes d'aujourd'hui !
Lutèce ou premier plan de la Ville de Paris, tiré de César, de Strabon, de l'Empereur Julien et d'Ammien Marcellin
Plan de Lutèce
Il faut préciser que les deux plans ci-dessus ne sont pas historiquement exacts. Le premier est une reconstitution faite initialement en 1705, le second un travail archéologique réalisé à l'époque de la publication des magasins du Bon Marché. Lutèce y est notamment située sur l'Ile de la Cité. Cette position est de plus en plus controversée aujourd'hui, et de récentes découvertes archéologiques tendent à démontrer l'existence d'un centre antique important à l'emplacement de Nanterre. Ce pourrait être là, en réalité, la position de Lutecia.
Le second plan présente toutefois diverses indications faisant sans doute référence à des découvertes archéologiques du XIXe siècle. On peut ainsi lire des légendes telles que "silos antiques", "statuettes et poteries", "tour antique", "tombeau gaulois", "30 cercueils", etc. Il serait sans doute intéressant de corroborer les indications de ce plan avec les textes concernant les trouvailles et fouilles archéologiques dans le Paris du XIXe siècle.
Paris de 1180 à 1223 sous le règne de Philippe Auguste
A noter ici, la présence de plusieurs terrains en "vignes". C'est sans doute difficile à imaginer aujourd'hui, mais Paris et la région parisienne ont produit pendant longtemps du vin (jusqu'au XIXe siècle pour certains lieux), et de grandes étendues, comparables à celles que l'on peut voir aujourd'hui encore en Champagne, par exemple, étaient ainsi couvertes de vignes.
Paris en 1530 (fac-similé du plan de Sébastien Munster)
Nous n'oserions terminer ce petit aperçu sur le Paris d'aujourd'hui, si polluant, et préfèrons vous laisser, lecteurs, sur ce plan stylisé de 1530...
(1) Peuple dont la "capitale" était Agendicum, Sens (Yonne).
(2) Les Parisii.
(3) Guerre des Gaules, par César, livre VI, ch. 3.
(4) Baron Walckenaer, tome I, p. 55 et 407.
Sources :
- Géographie ancienne, historique et comparée des Gaules cisalpine et transalpine, suivie de l'analyse géographique des itinéraires anciens, par le Baron Walckenaer, à Paris, Librairie de P. Dufart, 1839.
- Guerre des Gaules, par César, texte traduit par L.-A. Constans, Livre de Poche, 1965.
Cimetière gaulois - Archéologie
Un cimetière gaulois fouillé en 1859
Du 5 avril au 15 septembre 1859, soixante corps étendus furent découverts dans un champ du hameau de Mont-Ramé (Soisy-Bouy, Seine-et-Marne). Le site fut identifié comme étant un cimetière gaulois, et était situé sur le versant d'une colline, près du ruisseau des Méances... "Ses points de vues merveilleux feraient l'admiration des peintres", pouvait-on lire dans La Feuille de Provins du samedi 28 janvier 1860.
Le terrain était utilisé par Valentin François qui y exploitait une vigne. Rappelons ici que, si les vignes ont toutes disparues de cette région de la Brie Champenoise, elles étaient monnaies courantes jusqu'au XIXème siècle ; on en trouve d'ailleurs encore trace à certains endroits sous la forme de vignes rendues à "l'état sauvage".
Le champ de ce vigneron était encombré de pierres et de terre (grand tumulus), qu'il retira peu à peu, durant dix ans, dans l'intérêt de sa petite culture. Le cimetière fut ainsi découvert.
Enterrés à environ un mètre de profondeur, les corps étaient tous couchés sur le dos, placés dans toutes les directions, et les sépultures ne présentaient aucune superposition. Les squelettes en étaient parfaitement conservés, et les os, d'une extrême blancheur. Toutes les dents étaient jaunes, saines et complètes.
Presque tous les corps comportaient des colliers solides et tout d'une pièce, et un bracelet au bras gauche (trois seulement en avaient aux deux bras). Quelques-uns portaient des anneaux aux jambes et certains, une fibule ou une petite broche pour attacher le vêtement. Tous ces objets étaient en bronze.
Aucune arme ni aucune monnaie n'ont été trouvées sur le site.
Perséphone - Archéologie-fiction
Perséphone de Marcelle Tinayre
Un roman d'archéologie grecque
Ce Perséphone, publié en 1920, est une curiosité littéraire. Un archéologue découvre un sarcophage près de l'ancienne ville d'Oenyra. Une tablette d'or, gravée sur ses deux faces, accompagne la découverte. On fait alors mander de France, François Le Hallier, archéologue déjà âgé dont l'expérience dans ce domaine ne pourra que préciser l'interprétation du site et de son matériel. Le "tombeau de l'Initié" et son Hymne à Perséphone (la Consolatrice des Morts) dévoile alors ses secrets.
"Je possédais enfin le document orphique de Thasos ! Négligeant la traduction de Louis Percier, je m'attaquai au texte grec qui avait été relevé avec beaucoup de soin et de clairvoyance. Mon interprétation personnelle, - que j'ai donné dans le chapitre XXI des Oracles et Mystères, - s'accorde sur la plupart des points avec celle de Percier. Toutefois, je suis encore stupéfait qu'il ait pris la liberté de traduire
ἔριφος ἔς γάλα ἔπετες
par cette phrase "blanc comme un chevreau tombé dans du lait". Il a forcé le sens pour en tirer une métaphore élégante. Mais je soutiens et je soutiendrai opiniâtrément qu'il n'avait pas le droit de prendre une telle liberté avec un texte qui, d'ailleurs, est complètement inintelligible. Je lis, exactement comme dans les inscriptions de Pétilie et d'Eleutherna : "Chevreau, tu es tombé dans le lait !" Et j'avoue que cette formule rituelle, partout identique, n'a jamais été et ne sera peut-être jamais expliquée. Mais, comme a dit Salomon Reinach, "l'étude des rituels antiques est un champ obscur hanté par les feux follets qui nous font souvent entreprendre de longues courses pour nous laisser dans une fondrière." "
Perséphone, p. 53-54
Au fil des événements, alors que la Première Guerre Mondiale fait rage, François Le Hallier se noue d'amitié avec Stéphane Montayran, jeune peintre au destin tragique. Un parallèle s'établit entre l'association Initié / Perséphone et la destinée de certains des personnages.
Un roman sans grande surprise, mais à lire avec plaisir pour la détente intellectuelle.





