09 février 2010

Un espace souterrain oublié (1) - Mondes souterrains

Un espace souterrain oublié

Première partie

La trame du roman de Umberto Eco, Le pendule de Foucault - dont un extrait peut être lu sur La Rose rouge -, tourne autour d'un parchemin découvert dans une salle souterraine de la cité médiévale de Provins (Seine-et-Marne). Fait peu connu des lecteurs de ce roman, l'exploration des souterrains de la Grange aux Dîmes et la découverte de la salle souterraine décrites par Umberto Eco se basent sur des faits réels ayant eu lieu à la fin du XIXe siècle (1). Seuls les noms et lieux d'habitation des protagonistes ont été changés dans le roman : Camille Laforgue de Tours au lieu de Camille Lemarquis (2) de Nancy et Edouard Ingolf de Pétersbourg au lieu de Edouard Thiévard de Moscou.

Le récit de cette exploration se trouve dans deux numéros du journal Le Briard, en dates des 17 et 20 juillet 1894. Voici ci-dessous la reproduction du premier.

Grangeauxdimes1

Photographie de Albert Boitier tirée de Provins, par Jean Beurdeley, éditions Jacques Haumont, 1931

L'exploration des souterrains qui existent à Provins, sous toute l'étendue de la Ville-Haute, ménage toujours des surprises à ceux qui osent l'entreprendre.

C'est ainsi que, tout dernièrement, deux soldats du 7ème régiment de dragons, les cavaliers Camille Lemarquis de Nancy, et Edouard Thiévard de Moscou (Russie), qui visitaient la Grange-aux-Dîmes, en compagnie du gardien, M. Eugène Versault, ont fait une découverte des plus inattendue et qui est extrêmement intéressante.

Etant descendus dans le caveau situé au-dessous de la grande salle souterraine qui forme le deuxième étage de construction connu existant sous le monument, le gardien, selon son habitude lorsqu'il guide les visiteurs, fit sonner le sol en le frappant du talon de son soulier.

L'écho sonore répercuta sous la voûte, indiquant clairement qu'on se trouvait sur d'autres voûtes et que des parties vides existaient encore plus bas. L'idée vint aux dragons de vouloir quand même aller plus loin. Le cicérone Eugène Versault partagea leur avis.

Tous trois animés du même esprit de curiosité, tous trois agiles, jeunes et surtout très résolus, ne reculant devant aucun obstacle, se munirent de lumières et de cordes et s'enfoncèrent dans les galeries, rampant à plat ventre, s'aidant des coudes et des genoux, pour s'introduire dans les couloirs taillés dans le roc et en partie obstrués par des éboulis et des décombres.

Arrivés dans une excavation voûtée, présentant un réduit d'environ trois mètres qu'ils déblayèrent à la pelle et à la pioche, le succès vint couronner leur entreprise ; ils découvrirent, dans un des angles de ce réduit, une sorte de cheminée ou de puits carré et maçonné en moellons, comme le sont du reste toutes les parties de l'édifice.

Une pierre fut attachée à une corde et on la laissa filer dans ce puits pour en sonder la profondeur. La pierre s'arrêta à 11 mètres, c'était une indication précise.

Comme les explorateurs n'avaient de cordages (3) avec eux pour tenter la descente, ils revinrent sur leur pas, mais décidés à reprendre un autre jour leurs investigations.

En effet, le dimanche suivant, bien équipés et bien outillés cette fois, ils recommencèrent leur exploration. Tandis que M. Eugène Versault et le dragon Camille Lamarque tenaient solidement une corde à noeuds, longue de 12 mètres, l'autre soldat, le russe Edouard Thiévard, s'y accrochant, descendit dans le puits qui est carré et maçonné du haut en bas et d'une largeur de 50 cm seulement sur tous les côtés.

Une fois au fond, on lui descendit de la lumière et il put voir alors l'endroit où il se trouvait. Il était dans une grande chambre à parois unies, intérieurement bâtie en pierres, présentant environ un espace de 10 mètres sur chaque face et haut d'environ 5 mètres avec une voûte en ogive.

Les trois explorateurs descendirent tour à tour visiter cette salle où il est probable que depuis plusieurs siècles, aucun mortel n'avait mis les pieds. Les dimensions ci-dessus ont parues exactes à tous trois ; ce sont eux-mêmes qui nous l'ont répété de vive voix et nous le rapportons d'après leurs dires.

Informés de leur découverte, nous avons, lundi soir, 9 juillet, en compagnie d'Eugène Versault, rampé à plat ventre dans les galeries jusqu'à l'orifice du trou de 11 mètres, mais nous avouons humblement que les aptitudes de ramoneur pour se maintenir par les coudes et les genoux contre les parois nous manquaient et peut-être la hardiesse, nous ne sommes pas descendus au fond, nous nous sommes assurés de visu des dimensions de cette salle qui formait le troisième étage souterrain, à 25 ou 30 mètres au-dessous du sol de la rue Saint-Jean.

Grangeauxdimes2

Photographie de Albert Boitier tirée de Provins, par Jean Beurdeley, éditions Jacques Haumont, 1931. A droite, l'entrée du réseau souterrain

Dans les années 1930 ou 1940, Georges Pagot essaya de retrouver l'endroit exploré par les deux dragons et le gardien de la Grange aux Dîmes, sans succès.

"...une visite des lieux ne m'a pas permis de trouver trace du passage dont il s'agit. Est-ce par suite d'éboulements ou rebouchage ? Nul ne le sait aujourd'hui.", écrit-il (4).

En 1978, le C.R.E.P.S. (5) tenta à son tour, toujours sans succès, de retrouver cet espace souterrain.

Il est toutefois probable que cet espace souterrain existe vraiment, mais qu'un ou plusieurs effondrements en ait condamné l'accès (les souterrains de la Grange aux Dîmes sont vraisemblablement des souterrains de carrière et l'ensemble présente un aspect assez désordonné, d'où de forts risques d'éboulement).

Concernant cette découverte à la Grange aux Dîmes, nous publierons prochainement l'article du Briard n° 55, 20 juillet 1894.

A suivre...

(1) La découverte du parchemin fait quant à elle partie de la trame imaginaire du roman.

(2) Camille Lamarque dans un autre passage du récit, suite à une erreur.

(3) Ce passage peut paraître contradictoire avec le paragraphe précédent, ainsi qu'avec le paragraphe où il est dit qu'ils "se munirent de lumières et de cordes". Mais sans doute la corde ayant servie à descendre la pierre n'était pas d'une solidité suffisante pour soutenir le poids d'un corps humain. Et si les explorateurs avaient d'autres cordes, peut-être avaient-elles déjà été utilisées en amont du réseau.

(4) Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie de l'Arrondissement de Provins, année 1978, p. 68.

(5) Op. cit., p. 69. C.R.E.P.S. : Cercle de Recherche et d'Etudes du Provins Souterrain.

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13 septembre 2009

La lampe à acétylène - Mondes souterrains

 

La lampe à acétylène

L'éclairage électrique a supplanté partout tous les autres types d'éclairage. Partout, sauf en spéléologie... L'éclairage électrique y est un peu plus utilisé qu'il y a quelques années, notamment suite aux progrès en matière d'accumulateurs et de lampes à LED, mais c'est toujours la lampe à acétylène qui a la préférence en ce domaine. Non seulement cette lampe fournit un très bon éclairage, mais encore elle a une autonomie de plusieurs heures. Il faut toutefois, pour en exploiter toutes les qualités, que la combustion se fasse correctement et, par là même, que le débit soit bien réglé.

Le principe est simple. La lampe se compose d'un double réservoir, dont les deux parties sont superposées. Dans le réservoir inférieur est placé du carbure de calcium, CaC2, solide présentant l'aspect d'une pierre grisâtre, mais dont l'origine n'est pas naturelle mais industrielle. Le réservoir supérieur est rempli d'eau, un robinet provoquant, une fois ouvert, un goutte à goutte sur le carbure de calcium. C'est alors qu'une réaction chimique est produite, décomposant le carbure de calcium en hydroxyde de calcium (chaux) - Ca(OH)2 - et en acétylène - C2H2. Pour éviter l'étouffement rapide de la réaction chimique, une plaque métallique légèrement concave et percée de trous est en général placée sur le carbure de calcium. Cette plaque permet à l'eau de couvrir uniformément la surface occupée par le carbure de calcium, prolongeant au mieux la production d'acétylène. La chaux reste au fond du réservoir, l'acétylène est quant à lui conduit jusqu'à un bec de gaz placé, soit directement sur la lampe (comme c'était le cas sur certaines lampes de mineurs dans le passé), soit sur le casque du spéléologue (un tuyau souple conduisant alors l'acétylène jusque là).

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L'acétylène est un gaz incolore et inodore... Et c'est sur ce dernier mot - "inodore" -, que des générations de spéléologues s'apprêtent à traiter d'ignare et de tous les autres noms d'oiseaux, l'auteur de ces lignes... Car le spéléologue, utilisant au quotidien sa lampe à acétylène, connaît bien l'odeur forte et très particulière qui se dégage de celle-ci. Précisons donc que l'acétylène est un gaz inodore lorsqu'il est pur. Or, le carbure de calcium utilisé dans la lampe est un produit industriel qui contient des impuretés. Il se dégage ainsi de la réaction chimique d'autres molécules, tels que du sulfure d'hydrogène - H2S - et du phosphure d'hydrogène - PH3. C'est de ces molécules que provient la forte odeur dégagée par la lampe à acétylène.

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Toutefois, en laboratoire, on peut purifier l'acétylène en faisant passer celui-ci dans un flacon laveur composé d'acide nitrique - HNO3 - et de sulfate de cuivre - CuSO4. On le dirige ensuite vers une cuve à eau pour le recueillir, la faible solubilité de l'acétylène dans l'eau permettant cette action.

Acetylene

La lampe a acétylène s'est à peu près développée en parallèle avec l'éclairage électrique et son utilisation n'est pas antérieure à ce dernier, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Ses qualités font qu'elle sera utilisée encore longtemps dans l'exploration des espaces souterrains : sa grande autonomie et la qualité de l'éclairage, mais aussi le fait que l'eau nécessaire à la réaction chimique se trouve en général facilement sous terre pour le remplissage ; le carbure, quant à lui, peut être transporté dans un petit sachet étanche. Il convient à ce propos de rappeler une règle d'or : les déchets de chaux doivent impérativement être récupérés et non pas abandonnés dans les réseaux de galeries comme ce fut souvent le cas. Le monde souterrain, tout comme le monde extérieur, se doit d'être respecté par ses visiteurs ; ce n'est qu'à cette condition qu'il conservera toute sa beauté.

Et maintenant que toute la lumière est faite sur ces ténèbres, bonne promenade dessous terre !

Sources :

Initiation à la chimie moderne de André Cros et Gilbert Arribet, Librairie Belin, 1980.

 

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08 avril 2009

Egouts de Paris (suite et fin) - Mondes souterrains

Petite histoire des égouts de Paris (suite et fin)

Outils de curage des égouts

On distingue deux types de galeries dans les égouts de Paris :

1) Les petites galeries, de faibles dimensions, en général moins de deux mètres de largeur (voir figure "Types d'égouts élémentaires", dans notre premier article).

2) Les collecteurs, de grandes dimensions, comportant des banquettes pour la circulation et une cunette centrale pour l'écoulement des eaux.

C'est dans ces collecteurs que circulent les wagons vannes et les bateaux vannes, outils destinés au curage des égouts.

Dans les collecteurs à bateaux vannes (figure 1), ayant des cunettes larges de 2,20 m. à 4 m., flottent des bateaux en fer à l'avant desquels sont placés des vannes de largeur correspondante.

Collecteurs

Les collecteurs à wagons vannes (figure 2), dont les cunettes sont larges de 0,60 m. à 1,20 m., ont leurs banquettes aménagées de rails en fer cornière, sur lesquels roulent les wagons qui supportent des vannes de largeur correspondante à celle de la cunette.

Collecteurs2

Pour finir, et en exclusivité sur Ptolemaeus, voici les plans techniques des wagons vannes (figure 3a et figure 3b) et des bateaux vannes (figure 4).

Wagon_vanne1

Wagon_vanne2

Bateau_vanne

Edit du 18 avril 2010 : Suite à la parution des articles concernant les égouts de Paris, Ptolemaeus a été cité sur le blogue de l'association Action Barbès dans une note sur le collecteur des Coteaux.

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24 février 2009

Egouts de Paris (suite) - Mondes souterrains

Petite histoire des égouts de Paris (suite)

Suite à notre précédent article, voici la description du réseau d'égouts parisiens tels qu'il se présentait au tout début des années 1930. Le texte est tiré du même gros dossier d'entrepreneur.

Divers procédés sont employés pour réaliser l'évacuation des eaux usées des villes. On peut les grouper en deux systèmes :

1) "Système séparatif", si les eaux vannes sont séparées des eaux pluviales.

2) "Système unitaire" si les eaux vannes et les eaux pluviales sont évacuées par la même canalisation.

Le réseau d'égouts parisiens est du système "unitaire" c'est-à-dire qu'il est disposé de manière à pouvoir recevoir et à écouler la totalité des eaux pluviales et résiduaires provenant tant des voies publiques que des immeubles, y compris les matières de vidange.

Il est caractérisé par ce fait que les galeries en maçonnerie qui le composent ont des dimensions suffisantes pour qu'on puisse y circuler aisément dans toutes leurs parties.

Les sections adoptées permettent, en outre, d'y installer les conduites d'eau de source et d'eau de rivière, et d'autres canalisations, telles que les câbles télégraphiques et téléphoniques, les tubes pneumatiques pour le transport des lettres, les conduites d'air comprimé pour la distribution de force et les câbles de secours d'incendie.

Les égouts ne sont jamais utilisés pour la pose des conduites de gaz et des canalisations de distribution d'électricité.

Lorsqu'on ne peut éviter de faire traverser un égout par une conduite de gaz, celle-ci est entourée d'un manchon en fonte destiné à assurer un isolement complet.

On opère de même pour les canalisations électriques.

Les eaux amenées dans les égouts élémentaires construits sous les voies publiques, par les branchements de bouches et les branchements particuliers sont ensuite dirigées dans les collecteurs qui les conduisent ainsi que nous l'avons précédemment indiqué, hors de l'enceinte, dans la région Nord-Ouest.

Les eaux de la rive gauche, y compris celles de la Bièvre, petit affluent de la Seine, devenu depuis longtemps un véritable égout sont réunies à celles de la rive droite au moyen de trois siphons établis sous le lit de la Seine, en amont des Ponts de l'Alma et de la Concorde et en aval du Pont Mirabeau.

Le réseau comprend cinq collecteurs principaux et un ensemble de collecteurs secondaires.

Les collecteurs principaux sont :

1) Le collecteur de Clichy, dont la construction a été réalisée en plusieurs étapes de 1895 à 1907, s'étend sur une longueur de 7 km 200 de l'usine de Clichy au Boulevard Sébastopol. Sa plus grande section est située entre la Place de Clichy et l'extrémité aval et présente les dimensions ci-après : Ouverture : 6 mètres - hauteur : 5 mètres - largeur de la cunette : 4 mètres - profondeur de la cunette : 2 mètres - largeur des banquettes : 0 m. 90.

La pente générale du radier est de 0 m. 50 par kilomètre. Ses principaux affluents sont le collecteur des quais rive droite, le collecteur Sébastopol et le collecteur des Coteaux, de beaucoup le plus important.

2) Le collecteur d'Asnières qui a été construit de 1857 à 1861 a une longueur de 5 km 860 de la Place de la Concorde à l'usine de Clichy. Sa pente varie de 0,40 à 1 mètre par kilomètre.

Sur la plus grande partie de son parcours il a une section elliptique avec une ouverture de 5 m. 60 et une hauteur de 3 m. 05 au-dessus des banquettes.

La cunette de 3 m. 50 de largeur sur une profondeur variant de 1 m. 35 à 1 m. 50 est comprise entre deux banquettes de 0 m. 90 de largeur.

Il reçoit le collecteur du quai des Tuileries et par l'intermédiaire du siphon de la Concorde, les eaux du collecteur de Bièvre.

3) Le collecteur Marceau construit de 1865 à 1868 à une longueur de 4 km 500 de la Place de l'Alma à l'usine de Clichy et son radier présente une pente de 0 m. 262 par kilomètre.

Sa plus grande section se trouve dans la partie comprise entre la rue Gide à Levallois et l'usine de Clichy. Ses caractéristiques sont celles ci-après :

Ouverture : 5 m. 50 - hauteur au-dessus des banquettes : 2 m. 85 - cunette de 3 m. 50 de largeur sur 2 m. 00 de profondeur - Banquette de 0 m. 90 de largeur.

Les principaux affluents du collecteur Marceau sont le collecteur bas et le collecteur Bosquet sur la rive gauche ; les eaux de ces deux ouvrages arrivent à la Place de l'Alma en empruntant le siphon de l'Alma.

4) Le collecteur de l'Ouest construit de 1912 à 1923 a pour objectif principal d'améliorer le régime des égouts des 15° et 16° arrondissements et de décharger le collecteur Marceau. Il a une longueur de 3 km. 600 de l'Avenue de Versailles au droit de la rue Mirabeau à la Place de l'Etoile où il se raccorde provisoirement au collecteur Marceau.

Son radier présente une pente de 0 m. 45 par kilomètre. Sa section varie de 3 à 4 m. 00 de largeur sur 3 m. 25 à 4 m. 30 de hauteur et la cunette de 1 m. 60 ou de 2 m. 20 de largeur a une profondeur qui croit de façon uniforme de 1 m. 50 à 1 m. 60 comprise entre deux banquettes de largeur variable de 0 m. 68 à 0 m. 77.

Il reçoit les eaux des parties basses du XV° arrondissement par l'intermédiaire du siphon Mirabeau.

5) Le collecteur Nord dont la construction remonte à 1863 a une longueur de 11 km. environ de la rue de Bagnolet à la Seine à Saint-Denis.

Sa pente varie de 0 m. 40 à 1 m. 00 par kilomètre dans Paris, pour atteindre 2 m. 70 par kilomètre dans Saint-Denis. Sur la plus grande partie de son parcours il a une cunette de 1 m. 20 de largeur sur 0 m. 80 de profondeur comprise entre deux banquettes ayant l'une 0 m. 70 de largeur et l'autre 0 m. 50.

A la Porte de la Chapelle il est en liaison avec deux galeries appelées "Dérivations de Saint-Ouen" qui conduisent les eaux d'égout, par gravité sur le terrain d'épandage de Gennevilliers.

 


 

L'évacuation dans les collecteurs principaux, des eaux provenant de la rive gauche, des Iles Saint-Louis et de la Cité, et de quelques quartiers situés à l'Est du Canal St-Martin, nécessite le passage de la Seine ou de ce canal au moyen de siphons renversés constitués par des tubes d'un diamètre intérieur variant de 0 m. 40 à 1 m. 80.

Ces ouvrages au nombre de 7 sont :

Le siphon de l'Alma, construit en 1868 est constitué par deux conduites en tôle de 1 m. 60 de diamètre reposant sur une couche de béton de 0 m. 40 d'épaisseur préalablement disposée dans une rigole de 2 m. 20 de profondeur pratiquée dans le lit du fleuve et recouverte d'une couche de béton de 0 m. 70 d'épaisseur. Evacue les eaux des collecteurs Bas et Bosquet.

Le siphon de l'Ile Saint-Louis exécuté en 1890 est formé de deux tubes en tôle de 0 m. 40 de diamètre intérieur noyés dans une couche de béton arasée au niveau du lit du fleuve.

Le siphon de la Cité construit en 1880 comprend deux files de tuyaux en tôle de 0 m. 50 de diamètre, noyés dans un lit de béton comblant un fossé de 1 m. 00 de profondeur creusé dans le lit de la Seine.

Le siphon de la rue Saint-Sébastien qui permet d'envoyer dans le collecteur de Clichy, par l'intermédiaire du collecteur du Centre le surplus des eaux que le collecteur des Coteaux ne pourrait évacuer. Etabli en 1890 sous le Canal Saint-Martin, cet ouvrage est constitué par deux conduites de 0,40 de diamètre.

Le siphon de la Concorde établi en 1895 comprend une galerie circulaire de 1 m. 80 de diamètre intérieur revêtue d'anneaux en fonte. Son radier se trouve à 6 mètres au minimum sous le plafond de la rivière. Evacue les eaux du collecteur de Bièvre.

Le siphon Morland, construit en 1905 permet aux eaux des quartiers bas du XII° arrondissement préalablement relevées par les machines de l'usine Mazas de franchir le bassin de l'Arsenal pour arriver en tête du collecteur des quais de la rive droite. Il comprend deux tubes métalliques de 1 m. 00 de diamètre reposant sur une couche de béton de 0,35 d'épaisseur préalablement disposée dans une rigole de 1 m. 65 de profondeur pratiquée dans le plafond du bassin de l'Arsenal. Ils sont recouverts d'une couche de béton de 0,30 arasée au niveau du fond de ce bassin.

Le siphon Mirabeau commencé en 1913 et fini en 1920 reçoit les eaux du 15° arrondissement et les amène dans une bâ... (mot effacé : "bâille" ? note A. F.) d'aspiration de l'usine d'Auteuil qui après relèvement les évacue dans le collecteur de l'Ouest.

Il est formé d'une galerie circulaire de 1 m. 80 de diamètre, revêtue intérieurement d'un cuvelage en fonte. Il est établi sous le lit de la Seine à une profondeur minimum de 8 m. 00 environ, suffisante pour permettre l'approfondissement ultérieur du lit du fleuve.

Le sol de certains quartiers de Paris est à une altitude trop basse pour que les eaux puissent être drainées par simple gravitation jusqu'aux collecteurs principaux. Ces quartiers forment alors des bassins spéciaux dont les eaux amenées à des puisards sont refoulées par des usines dans le réseau général.

Ces usines sont au nombre de quatre : (leur zone d'action est figurée en hachures sur le plan d'ensemble)

L'usine Mazas située au pont Morland sur la rive gauche du Canal St-Martin où la force est produite par des moteurs à gaz pauvre alimentés par des gazomètres.

L'usine Sauvage qui relève dans le collecteur des quais de la rive gauche les eaux des quartiers bas du 13° arrondissement. Elle est constituée par un élévateur Francin basé sur la différence de densité existant entre l'eau pure et l'eau émulsionnée par l'air comprimé.

L'usine de la Cité qui rejette dans le collecteur Bas sur la rive gauche les eaux de l'Ile de la Cité ; comprend deux pompes centrifuges actionnées par un moteur à air comprimé.

L'usine d'Auteuil qui rejette les eaux des quartiers bas des 15° et 16° arrondissements en tête du collecteur. Dans cette usine qui dépend du Service des Machines, les pompes nécessaires au relèvement des eaux d'égout ont été installées et leur fonctionnement est assuré par le dit Service des Machines.

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A suivre dans Ptolemaeus, les plans des bateaux-vannes et wagons-vannes utilisés dans le réseau des égouts de Paris en 1930.

Edit du 18 avril 2010 : Suite à la parution des articles concernant les égouts de Paris, Ptolemaeus a été cité sur le blogue de l'association Action Barbès dans une note sur le collecteur des Coteaux.

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17 janvier 2009

Egouts de Paris - Mondes souterrains

Petite histoire des égouts de Paris

Un vieux et épais dossier d'entrepreneur, datant vraisemblablement de 1931 et comprenant des textes de lois sur la construction et des cours d'urbanisme, est tombé entre nos mains. C'est heureux car ce dossier n'aurait sans doute pas survécu encore très longtemps, et aurait été transformé comme tant d'autres précieux documents, en un petit tas de cendres. Or, ces pages de cours rébarbatifs méritent qu'on s'y attarde car elles contiennent quelques petits trésors, dont le rare document reproduit ci-dessous fait partie.

 

LES ÉGOUTS DE PARIS

Historique

De toutes les villes du monde, c'est actuellement Paris qui possède le réseau d'égouts le plus vaste et le plus approprié aux exigences de l'hygiène. Mais, jusqu'au XIVè siècle, on ne se préoccupa guère de l'assainissement de la capitale.

Les plus abominables ordures s'étalaient au coin de chaque porte malgré les nombreuses ordonnances royales qui avaient prescrit aux habitants de faire transporter les boues et ordures dans certains endroits désignés.

D'autre part, pour se mettre à l'abri des inondations, les habitants de la rive droite de la Seine, avaient exhaussé le sol des berges de telle manière que les eaux pluviales et ménagères ne pouvaient aboutir à la rivière. Ces eaux furent alors dirigées au moyen de fossés vers le ruisseau de Ménilmontant qui descendait des coteaux de même nom, arrivait jusqu'à la Seine en suivant sensiblement le tracé actuel de nos grands boulevards.

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Le curage des fossés et du ruisseau de Ménilmontant n'étant jamais effectué, ceux-ci ne tardèrent pas à s'envaser entravant ainsi l'écoulement rapide des eaux sales qui restaient stagnantes, dégageant dans toute la ville des odeurs nauséabondes.

Hugues Aubriot, prévôt des marchands sous le règne de Charles V eût l'idée fort heureuse de faire voûter la grande rigole qui suivait la direction de la rue Montmartre actuelle et allait se déverser dans le ruisseau de Ménilmontant. Ce travail ne fut pas continué et les immondices de toutes sortes étaient déversées dans de vastes réservoirs appelés "trous" d'où se dégageait une odeur infecte qui se répandait au loin.

Cet état de chose resta sans changement jusqu'en 1605 époque à laquelle un autre prévôt, François Miron fit voûter l'égout dit "du Ponceau" depuis la rue Saint-Denis jusqu'à la rue Saint-Martin.

Sur la rive gauche, les eaux avaient comme exutoire la rivière de Bièvre, les fossés Saint-Bernard et Saint-Vict(or ? - partie effacée) ainsi que les fossés de la ville.

En 1663, Paris comptait 10600 m. d'égouts, 2500 étaient voûtés et tout le reste coulait à ciel ouvert. L'ancien lit du ruisseau de Ménilmontant devenu le grand égout découvert et qui prit plus tard le nom de grand égout de ceinture, formait autour de la rive droite entre les Filles du Calvaire et Chaillot une ceinture empestée, aux environs de laquelle nul n'osait construire.

Sa réfection complète fut ordonnée en 1721 mais faute d'argent le projet fut abandonné et repris seulement en 1737. Toutefois, par crainte d'épidémie, on renonça à curer le grand égout, son lit fut cédé aux propriétaires riverains et le prix qu'on en retira servit à payer la partie du terrain nécessaire pour créer un nouveau canal de 6 pieds de large, et pavé au moyen d'énormes dalles en pierre.

Enfin, un vaste réservoir fut créé à l'origine de l'égout en face la rue des Filles du Calvaire. Alimenté par les eaux descendant de Belleville, il pouvait contenir 10000 m3 qui subitement lâchés dans le canal en opéraient le lavage. L'ensemble de ces travaux était terminé en 1740.

En 1789, la longueur totale des égouts voûtés était de 26000 m.

Du fait du développement du pavage des rues, les eaux de pluie qui auparavant s'infiltraient dans le sol ou se perdaient dans les anciennes carrières étaient dirigées vers le grand égout. Il en résultait que lors des pluies violentes cet ouvrage se refusait à absorber le volume des eaux qui y affluaient de tous côtés de sorte que celles-ci restaient quelquefois plusieurs jours stagnantes sur le pavé des rues adjacentes.

C'est alors que l'on résolut de construire de nouveaux égouts pour conduire les eaux vers la Seine.

En 1824, la longueur des égouts était de 37000 m.

En 1830 elle atteignait 40000 m.

De 1832 à 1836 la longueur des égouts s'augmenta annuellement de 8 kilomètres.

De 1836 à 1848 les travaux de construction d'égouts marchèrent avec rapidité. Ils furent ralentis par les évènements de 1848 mais reprirent vers 1851. Pendant cette période on songea à utiliser les égouts pour y placer les conduites d'eau, mais en raison des dépenses auxquelles cette innovation donnerait lieu pour le logement des grosses conduites, la mesure ne fut pas admise immédiatement.

En 1851, le type d'égout ovoïde dont l'emploi s'est généralisé fut importé d'Angleterre. Ce fut à cette époque que l'on construisit le premier collecteur à cunette sous la rue de Rivoli.

Au 1er janvier 1860 le développement total des égouts était de 228 kilomètres.

Pour débarrasser entièrement la Seine, dans l'intérieur de Paris, de toute contamination par le déversement des eaux résiduaires, Belgrand proposa d'éloigner les débouchés du réseau vers l'aval, d'une part jusqu'à Saint-Denis et d'autre part, jusqu'en face d'Asnières. En chacun de ces points, vinrent aboutir deux grandes artères : le collecteur Nord et le collecteur d'Asnières.

Peu après Belgrand amenait aussi vers Asnières toutes les eaux de la rive gauche et de la rivière de Bièvre au moyen d'une grande artère qui, partant du Boulevard Saint-Michel et le pont de l'Alma à l'amont duquel elle franchissait la Seine en siphon pour se continuer ensuite en souterrain sous le coteau de l'Etoile par le collecteur Marceau.

A ces grandes artères, Belgrand souda des rameaux d'une importance moindre et on construisit annuellement 35 Km d'égouts secondaires jusqu'en 1870 tout au moins, car après la guerre et jusqu'en 1878, date de la mort de Belgrand, cette longueur ne fut plus annuellement que de 25 Km.

En 1878, la longueur des égouts étaient de 600 Km. A la fin de 1889 elle était portée à 898 Km.

C'est à cette époque qu'une amélioration sérieuse fut apportée au mode de cuvage (erreur de frappe dans le document ; lire "curage") des petites galeries. Jusqu'en 1881 dans un certain nombre d'égouts sans pente ou chargeant beaucoup en sable ou immondices, on créait, en certains points, une réserve d'eau maintenue par un barrage que l'on enlevait brusquement à un moment donné, provoquant ainsi une chasse puissante. Il en résultait de nombreux inconvénients : danger de l'opération, arrêt de la circulation dans les égouts noyés, chances d'inondations des caves, etc... Pour obvier à ces inconvénients, l'Administration substitua à ces bâches d'eau sale des réservoirs d'eau propre placés au point haut de l'égout. Ces appareils pourvus d'un appareil de chasse qui se vide plusieurs fois dans les vingt quatre heures, assure le curage des égouts desservis.

A la fin de 1889, 892 réservoirs fonctionnaient.

A la fin de 1897, la longueur des égouts était de 1029 Kms 593. Le nombre des réservoirs de chasse était de 3126.

En 1913 il était de 4854.

Au 1er janvier 1931, la longueur totale des égouts en service non compris celle des branchements de bouches, de regards et particuliers est de 1297 Km. 670 se décomposant comme suit :

                                                          Égouts collecteurs : 108 Km. 830

                                                          Égouts ordinaires : 1188 Km. 840

Les différents ouvrages accessoires atteignent les nombres suivants :

                                                          Regards : 22700

                                                          Bouches : 14651

                                                          Branchements particuliers : 58370

et la longueur totale des galeries correspondantes est de 484 Km. 365.

Le réseau complet a donc une longueur totale de 1782 Km. 035.

Comme nous l'avons vu précédemment, la construction des collecteurs, entreprise par Belgrand, avait bien permis l'assainissement de la Seine dans la traversée de Paris, mais le mal n'était que déplacé, car leur déversement dans la rivière au Pont d'Asnières et à Saint-Denis, altérait le cours de celle-ci en aval jusqu'à Mantes. Aussi les plaintes des riverains d'aval devinrent-elles fort vives et il apparut nécessaire de protéger la santé publique en purifiant les eaux usées avant leur déversement dans la rivière.

Le problème fut mis à l'étude dès 1864 et on adopta le procédé de l'épuration par le sol avec utilisation agricole.

Les eaux des collecteurs sont reçues dans une usine construite sur les bords de la Seine à Clichy, où elles sont aspirées par de puissantes pompes et refoulées ensuite vers d'autres usines de relèvement qui en assure l'envoi sur les terrains d'alluvions anciennes de la vallée de la Seine dans les régions de Gennevilliers, d'Achères et de Carrières-Triel où elles apportent eau d'arrosage et engrais.

Après filtration à travers le sol, elles sont recueillies par un réseau de drains à ciel ouvert ou en tuyaux qui en assurent l'évacuation vers la Seine ou l'Oise.

Tel est, résumé très brièvement, l'historique des égouts de Paris.

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Même "résumé très brièvement", ce document apporte bon nombre d'informations concernant l'urbanisation et la mise en hygiène de la capitale française au cours des siècles. Les deux plans reproduits, bien que faisant partie du même dossier, ne sont pas en rapport avec l'historique mais représentent des exemples de construction d'égouts dans les années 1930, à l'époque de la publication du document.

A suivre dans nos colonnes, la description du réseau et son histoire en 1931...

Edit du 18 avril 2010 : Suite à la parution des articles concernant les égouts de Paris, Ptolemaeus a été cité sur le blogue de l'association Action Barbès dans une note sur le collecteur des Coteaux.

Posté par Antoine Forces à 00:12 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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